Balayer, une pratique d’éveil

Il y a toujours un balai près de moi
Dès que j’ai du temps libre je balaie le sol
Non seulement ça m’épargne de demander au garçon de service,
En plus ça harmonise la circulation du sang et du Qi
Massages et exercices respiratoires sont certes bénéfiques,
Mais fastidieux
Rien ne vaut de balayer par terre
C’est là une recette facile pour prolonger la vie.

Lu You, poète de la Chine de la dynastie Song

Lu Yu (1125-1210)
Le vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise

Survenue de la contemplation

Extrait dans « face à ce qui se dérobe ». Par Henri Michaux

Henri MICHAUX écoute de la musique, voici ce qui se produit:

Henri MichauxJe venais de rencontrer un mouvement contraire au mien dans ce que j’écoutais. Je l’arrêtais.…ne s’entendit plus le monde des autres. Adieu musique, il demeura du silence. Je restais sans bouger, absolument sans bouger. Une fonction n’avait plus envie de fonctionner. C’est tout. Je ne voyais pas au-delà. Si j’étais défait, je l’ignorais...revint le penser. Pas comme d’habitude. Incroyablement compréhensif. Vaste ce qu’il découvrait, de plus en plus vaste, d’une vastitude inconnue.(…)

Démons solubles dans l’alcool

Connaissance de l’orient n°99
Extrait de Passe-temps d’un été à Luanyang

 

Ji yun - Des nouvelles de l'au-delàLe boucher Xu Fang cheminait une nuit, portant à une planche deux jarres d ‘alcool.  Fatigué, il fit halte sous un grand arbre; la lune éclairait tout comme en plein jour. Il entendit d ‘abord, à distance, des gémissements; puis surgit d ‘un fourré un démon aux formes et à l ‘allure effrayantes. Le boucher se cacha derrière le tronc d ‘arbre, la palanche brandie, prêt à se défendre. Le démon s’approcha des jarres, sauta et dansa de joie, en ouvrit une et but; quand elle fut vide, il s’employa à ouvrir la seconde, mais il n’avait qu’a demi défait liens et couvercle quand , d ‘un faux mouvement, il renversa tout. Xu avait suivi la scène, la rage au cœur. Voyant le désarroi du démon, il leva soudain sa palanche et l’abattit sur ce qui lui sembla être le vide; aussi recommença-t-il à frapper tour de bras. A la longue, la créature s ‘affaissa sur le sol, ou elle se métamorphosa en une épaisse traînée de fumée.Dans la crainte de nouveaux sortilèges, Xu lui assena de nouveau une bonne centaine de coups: la fumée s ‘aplatit contre terre, se résorba et se dissipa graduellement en laissant en trace noirâtre, où sembla, telle une gaze légère, voulait flotter ou s ‘envoler, jusqu’au moment ou il ne resta plus rien. La créature était donc anéantie. Je dis que démons et fantômes sont de l’énergie vitale humaine en surplus, laquelle diminue, au fil du temps, et c’est pourquoi le Zuo zhuan dit: ‘Les démons sont grands, les anciens sont petits’. En ce monde nombreux sont ceux qui ont vu des fantômes, mais on n ‘entend personne prétendre avoir vu des fantômes du temps de Fu Xi ou de l’Empereur Jaune. C ‘est qu’ils se sont consumés jusqu’à disparition complète.

L’alcool est un grand dissipateur d’énergie

C’est ce qui explique que les médecins l’utilisent pour favoriser la circulation du sang et sudation, dissiper oppression et refroidissent, toutes affections qui se soignent par l’alcool. Le démon de l’histoire n ‘avait que son énergie vitale et la dissipa avec une pleine jarre d’alcool, faisant battre la chamade au yang déchaîné, mais brûlant et consumant presque tout son yin, voué à s’éteindre entièrement. Il a donc été anéanti par l’ivresse, non par les coups. En entendant cette anecdote, quelqu’un qui s’abstenait d ‘alcool dit: ‘ les démons excellent aux métamorphoses. Mais c’est sous l’effet de l’alcool que celui-là s ‘est affalé et s’est fait rosser. Normalement, les démons font peur aux hommes, mais sous l’effet de l’alcool, ce sont, paradoxalement, eux qui sont aux abois. Puissent les ivrognes s’en souvenir!  Mais un adepte de la bouteille dit: Les démons n’ont pas de forme, certes, mais ils sont doués de conscience, et n’échappent pas aux passions: joie et colère, tristesse et plaisir, le cas présent, ou ce démon s’effondre et, ivre mort, se volatilise et retourne au néant, montre la vérité de cette théorie. Des plaisirs de l’alcool, aucun n’est plus grand que celui-là, et les bouddhistes, pour qui le nirvana est le bonheur suprême, seraient bien en peine ces pauvres affairés, d’en avoir idée ! Concluons avec Zhuang Zi: ‘Le premier a raison et tort à la fois; le second a raison et tort à la fois’
Ji Yun ~ 1724-1805

ryokan
The rain has stopped, the clouds have drifted away, And the weather is clear again. If your heart is pure, then all things in your world are pure. Abandon this fleeting world, abandon yourself, Then the moon and flowers will guide you along the way. Détail by Gesso Yoshimoto, 19.

SANS ATTENTE, SANS BUT…

Lors de la première semaine de pratique de la saison, une personne vient à moi pour essayer un cours de Qi Gong et me demande ce que peut lui apporter cette gymnastique. La question bien que surprenante au premier abord n »est pas banale. Doit-elle pratiquer toutes les semaines, en faisant des efforts et quel est le prix à payer. Par exemple, me demande-t-elle, si j’ai un rhume, vais-je pouvoir l’endiguer par la pratique du Qi Gong et combien de séances de Qi Gong seront nécessaires ?

Je lui réponds que ça dépends ! Cela dépends de sa pratique, cela dépends d »elle, cela dépends du rhume et peut-être aussi cela dépends-t-il un peu de moi. Vais-je voir qu’elle est enrhumée, cerner la gravité de son rhume et proposer les exercices en relation avec celui-ci. Suis-je seulement là pour ça ? En fait, ça dépends. La personne fait la moue et est plus que dubitative face à ma réponse.

Je me souviens d »une personne venue me voir il y a 2 ans pour pratiquer une gymnastique douce recommandée par son médecin. Elle avait choisi d’essayer le Qi Gong. Elle avait mal au dos. Elle faisait constamment attention quant à sa façon de marcher, de se lever et même de dormir. Et arrive la fameuse question:  » Puis-je pratiquer le Qi Gong et améliorer l’état de mon dos ? »

Je lui réponds que depuis que je pratique, je n’ai jamais vu personne « régresser » mais….ça dépends. Telle fut ma réponse. Même réaction de moue dubitative…

Ce n’est pourtant pas les articles qui manquent dans la presse ou les reportages tv, qui relatent l’extraordinaire amélioration de la santé inhérente à la pratique du Qi Gong (abracadabra). Sans parler de nos amis qui vantent sans conteste cette discipline.

Face à ces réponses, elles ont décidé de tenter l’aventure. D’abord pour un trimestre, puis 2 et finalement l’année entière. A l’issue de la saison, une à décidé de se réinscrire pour une année supplémentaire, je n’ai pas revu l’autre.

Pourquoi n’est-elle pas restée ? La salle trop petite ? Non ce n’était pas un problème de salle. L »enseignant ? Après tout, on peut ne pas aimer tout le monde ! non plus. Elle avait réussi à relaxer (dixit la personne) son mental pendant la durée de pratique mais ce sentiment ne s’était pas installé progressivement, de plus en plus, dans le mouvement de sa vie. Le stress, l’anxiété, la nervosité avaient continué d’être son lot quotidien.

Quand 4 années auparavant je vois Sophie arriver alors je sais qu’elle pratique déjà. Cela se voit dans ses yeux, sur son visage, son attitude. Sophie n’a pas de problèmes de santé, elle est bien dans sa peau. Mes bla-bla sur les « chinoiseries » et autres considérations taoïstes, bouddhistes ne l’intéressent pas. Elle vient juste pour pratiquer, s’exercer. Et pour Sophie c’est incroyable car son Qi Gong, elle l’emmène dans sa vie….et sa vie à changé ! c’est ce qu’elle dit. Elle ne sait pas comment mais depuis qu’elle pratique, ce n’est plus pareil.

On évoque souvent la notion d’attention, d »intention. Peut-être convient-il de commencer par ne rien faire, ne rien vouloir. Peut-être…