Le dantian

Selon de nombreuses traditions, le centre énergétique du corps se trouve dans un endroit spécifique, connu pour abriter une abondance d’énergie vitale ou qi. En Qi Gong, on l’appelle Dantian ce qui se traduit  par « champ d’élixir » ou  » champ du cinabre » et se situe dans le bas de l’abdomen, 2-3 largeurs de pouce en dessous du nombril et 2-3 largeurs de pouce vers l’intérieur.

Lorsque vous posez votre conscience sur le Dantian, il peut devenir le point central à partir duquel vous ressentez tout votre corps. C’est la raison pour laquelle il est connu comme notre centre physique.

Dantian

Le ventre est également un lieu de grandes sensations. On sait maintenant qu’il y a plus de cellules nerveuses dans l’intestin que dans le reste du système nerveux périphérique.

Le Dantian est également un excellent endroit pour méditer. Méditer sur le Dantian apporte plus de puissance à cette zone et la rend plus forte (et donc vous rend plus fort). Vous pouvez soit vous asseoir en position croisée et placer votre attention dans ce domaine pendant 10 à 20 minutes, ou vous pouvez simplement rester concentré sur votre Dantian au cours de votre journée. De nombreuses techniques de respiration sont également axées sur l’activation de cette zone pour des raisons évidentes.

Un exercice très simple pour démontrer le pouvoir du Dantian

Debout, concentrez-vous sur le haut de votre tête pendant qu’une personne tente de vous pousser. Vous ne pouvez pas résister au déséquilibre. Mais si vous placez votre concentration sur votre Dantian, il est presque impossible de vous pousser ! 

Magique direz-vous ! Non, puisque c’est à la portée de tout le monde si tant est que vous soyez capable de maintenir avec fermeté votre attention dans votre Dantian.

Imaginez ce que méditer sur cette zone pendant une longue période peut amener comme transformations

Si le pratiquant apprend à placer sa conscience à cet endroit, mais aussi à se déplacer à partir de là, alors son mouvement sera plus fluide et sans effort tout en étant plus puissant, emprunt de force.

UN PRATIQUE VIVANTE

Voici une proposition que tout le monde peut faire et expérimenter. Que cela soit pendant sa pratique ou au fil de sa vie.

Après avoir parlé d’une première utilité de la répétition du geste, en voici le prolongement, comme un motif supplémentaire à l’exploration du mouvement, vecteur de notre intimité. Ainsi cette recherche augmentera le sens de la pratique.

L’espace que je vous propose de vivre, c’est la porte d’entrée du silence, de la paix.

Bien souvent, l’application est mise sur la réalisation du geste juste qui, bien qu’utile, n’est pas une fin en soi mais la possibilité, au travers de l’alternance de notre respiration, de nous relier à notre essence fondamentale.

Pour réaliser ceci, il est nécessaire de s’abandonner. Ne plus vouloir être un bon élève, un bon pratiquant, car la réussite est toujours sous-jacente de l’échec. Se contenter d’Être c’est déjà ne plus se prendre au sérieux. On mène une enquête et le sujet de notre investigation c’est nous ou plutôt c’est Je. Le Je de « Je Suis » mais aussi un jeu. Dans cette attitude ou l’intention est soutenue, la tension est relâchée à son maximum. Tout devient possible, émergeant, évolutif. Ainsi, il n’y a plus de but à atteindre. Et puisqu’il n’y a pas d’arrivée, il n’y a pas de commencement. Pas de points fixes. Vous devenez le courant de la Vie qui s’écoule librement et unifie toutes choses.

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Très simplement, il suffit d’être attentif à notre respiration et plus particulièrement aux intervalles entres les inspires et les expires. Une respiration se compose de 4 temps. Une inspiration, un espace, une expiration, un espace. Se poser, s’abandonner à cet espace sans effort, sans arrêt mais plutôt comme une continuité car cet espace fait d’énergie, de mouvement, révèle alors notre essence profonde, intime. Ce moment d’équilibre est perceptible par l’attention juste et l’intention d’y entrer.

Dans cet espace, nous ne sommes plus dans une pratique linéaire mais verticale. Le temps est suspendu. Enfin, nous sommes le trait d’union entre le Ciel et la Terre. L’expérience peut être vécue, neuve, inconnue, renouvelée.

Se re-lier à cet espace c’est accéder à la forme qui exprime l’essence qui elle-même soutient la forme.

Plus d’intérieur ou d’extérieur. Ni personne ni isolé(e). L’immobilité dans le mouvement.

Dans cet instant qui n’en est plus un, nous découvrons la naissance du geste qui se veut harmonieux, doux et paisible parce qu’il émerge d’un espace doté des mêmes qualités.

On trouvera dans le Huainan zi sur le non-agir

 » non agir ne signifie pas ne rien faire ni se taire.
Permettez à chaque chose d’être ce qu’elle est.
Originellement, de façon à ce que sa nature se réalise. »

Et aussi,

« il n’y a que le silence qui nous rende à nous-même »

Ce qui se présente dans cet espace de tranquillité, de reliance ou tout est possible, ne l’analysons pas car l’analyse c’est la décomposition, le découpage, la fragmentation, la dichotomie.

Le silence est le remède à la fragmentation de l’Être, la manifestation de notre nature joyeuse et en paix.

 » La vie et le monde tel que nous le connaissons sont gravement malades. Si j’étais médecin et que l’on me demandait mon avis sur les hommes, je répondrais:  » Du silence! prescrivez-leur du silence! »
Soren KIERKEGAARD

 

Esprit es-tu là?

Lors du précédent article vous avez pu découvrir le rôle que nous donnons à nos yeux, à notre regard. Les yeux induisent l’attention. En portant attention à nos mains nous avons pu renforcer la présence de celles-ci.

Ainsi, la pratique du qi gong nécessite d’être présent. D’être présent au présent ! Le passé n’existe plus et le futur n’existe pas et d’ailleurs ils n’existeront jamais car rien n’existe en dehors du présent.

Facile à dire me direz-vous ! Emporté que nous sommes par le flot de la vie nous ne percevons même plus que notre esprit est essentiellement placé en dehors du moment présent. Ceci explique sans doute en partie pourquoi nous sommes continuellement fatigué. Rappelez-vous : Là ou va l’esprit, l’énergie suit.

Vous savez maintenant ce que vous nourrissez de votre énergie !

Le fait de poser notre regard mobilise notre attention, nous règle sur le présent et c’est parfois une sensation totalement nouvelle qui émerge. Savez-vous que si vous essayez de penser à vos 2 mains en même temps votre cerveau est incapable de faire quoi que ce soit d’autre ?

Pendant votre pratique, posez votre regard sur vos mains (par exemple) et stabilisez votre attention. Connaître son mouvement permet de s’affranchir de comment on le réalise. A partir de là, une douce tranquillité arrive, se produit. Bien que vous soyez dans le mouvement, celui-ci est emprunt d’un calme intérieur. Plus vous êtes conscient-e de ce calme intérieur et plus celui-ci fait naître de nouvelles sensations sur votre corps. Présent-e à cette expérience vous n’avez plus besoin de penser.

L’attention permet donc de calmer le mental.

Bonne pratique !

La répétition du geste

La répétition du mouvement a pour objet, dans un premier temps, de libérer le corps afin que le flux vital puisse trouver le chemin de la circulation facile, sans entraves.

Par la répétition on structure le corps. Il reprend sa place, progressivement, se libère des contractions, tensions, blocages. L’alignement corporel est restauré, la verticalité émerge, les mouvements mécaniques et organiques sont rétablis, entretenus, augmentés, harmonisés.

Cette répétition s’installe en nous, naturellement, lors de l’apprentissage de la marche. Se lever, tomber, se lever à nouveau, tomber encore pour finir par esquisser un pas. Tomber, se lever, puis deux pas, trois, une marche saccadée, empruntée pour finir par le geste juste.

On retrouve cette idée du geste juste dans le Zhuangzi. Le charron expliquant au Duc Houan comment il taille sa roue:

Si j’attaque trop doucement, mon coup ne mord pas. Quand j’attaque trop fort il s’arrête dans le bois. Entre force et douceur, l’esprit trouve, le corps répond. Il y a là un tour que je ne peux transmettre par des mots , de sorte que je n’ai pu le transmettre à mes fils.

Il faut comprendre ici qu’il n’a rien pu faire pour eux car ils n’ont pas voulu apprendre par eux-mêmes.

Ainsi, par approximations successives, par répétitions, l’esprit cherche et le corps fini par trouver le geste exact, efficace, qui se révèle finalement simple pour celui qui le fait sien.
simplicite
Cette découverte de la simplicité, s’installer en son sein, ne peut être mise en place que par la motivation. Pourquoi le faire et pour qui, sont les deux questions essentielles souvent mises de cotés, non expliquées. Le faire pour soi. Ni plus, ni moins. Vouloir se réapproprier son corps, son esprit (xin), ne plus en être la marionnette. Il ne s’agit pas ici d’imposer des diktats à l’un ou à l’autre mais plutôt d’établir une écoute réciproque et collaborative. Un échange bienfaisant pour l’un comme pour l »autre.

L’ écueil principal de la répétition, l’ennui.

Quel merveilleux cadeau que d’être confronté à cet ennui. Que nous révèle-t-il ?

Que la motivation est insuffisante pour l’accomplissement de cet exercice. Alors l’esprit s’évade, voyage, puis finit par rechigner à la répétition. L’esprit est hors du corps. Déjà, notre degré d’intériorité nous est révélé. Dans ce cas, comment trouver le geste juste ?
C »est impossible.
Revenir à soi, avec curiosité, émerveillement, c’est découvrir constamment glissements, frictions, contractions, relâchements, ouvertures et fermetures qui se produisent en nous. C »est être à l’écoute de ce qui peut éventuellement se présenter et dont nous n’avons pas encore conscience et peut-être se connecter à notre essence. Comment parler d »ennui face à ce paysage intérieur fluctuant, à l’image de la lumière qui se déplace au gré des nuages parcourant le ciel et apportant un éclairage nouveau sur nos campagnes.

Voilà l’objet de la répétition… dans un premier temps.
Reste à garder à l’esprit que les mots ne sont rien.
Une once de pratique vaut mieux que des tonnes de discours. Gandhi

Survenue de la contemplation

Extrait dans « face à ce qui se dérobe ». Par Henri Michaux

Henri MICHAUX écoute de la musique, voici ce qui se produit:

Henri MichauxJe venais de rencontrer un mouvement contraire au mien dans ce que j’écoutais. Je l’arrêtais.…ne s’entendit plus le monde des autres. Adieu musique, il demeura du silence. Je restais sans bouger, absolument sans bouger. Une fonction n’avait plus envie de fonctionner. C’est tout. Je ne voyais pas au-delà. Si j’étais défait, je l’ignorais...revint le penser. Pas comme d’habitude. Incroyablement compréhensif. Vaste ce qu’il découvrait, de plus en plus vaste, d’une vastitude inconnue.(…)