Survenue de la contemplation

Extrait de « Survenue de la contemplation » dans face à ce qui se dérobe. Par Henri Michaux

Henri MICHAUX écoute de la musique, voici ce qui se produit:

henrimichauxJe venais de rencontrer un mouvement contraire au mien dans ce que j’écoutais. Je l’arrêtais.…ne s’entendit plus le monde des autres. Adieu musique, il demeura du silence. Je restais sans bouger, absolument sans bouger. Une fonction n’avait plus envie de fonctionner. C’est tout. Je ne voyais pas au-delà. Si j’étais défait, je l’ignorais...revint le penser. Pas comme d »habitude. Incroyablement compréhensif. Vaste ce qu’il découvrait, de plus en plus vaste, d’une vastitude inconnue.(…)

L’hiver, c’est le moment d’en faire moins

On se couche plus tôt, on travaille moins (on essaie), on fait de belles ballades plutôt que de s’éreinter à pratiquer un sport. Vous l’avez compris, on diminue ses activités, on rentre en nous à l’image de la nature qui retourne à la terre pour se ressourcer. A chaque saison son empereur. C’est donc la sphère rénale énergétique qui gouverne en ce moment. Cette sphère énergétique comprend les reins en tant qu’organes, le système uro-génital et les surrénales. C’est la réserve d’énergie que nous épuisons tout au long de l’année à force de nous éreinter en puisant dans nos réserves et dont il est question lorsque nous voulons nous ressourcer. Cette réserve se recharge si nous respectons le temps de repos que nous propose l’hiver. C’est l’émotion de la peur qui affaiblit nos Reins et le sentiment de la confiance en soi, confiance en la vie, qui renforcent ceux ci. La peur s’apparente souvent à l’incapacité à lâcher prise. Moins on lâche, plus on s’épuise, physiquement, mentalement. Avoir confiance c’est accepter ce qui se présente à nous. Non par fatalisme mais plutôt comme une expérience incontournable qui nous permettra au moins de limiter la perte de cette fameuse énergie renfermée dans notre sphère rénale. Et puis, tout n’est pas ‘négociable’ alors à quoi bon dans ce cas lutter contre ce qui se présente à nous parfois jusqu’à l’épuisement ? Certains diront que c’est être pessimiste que de voir la vie ainsi. Je répondrais que je préfère m’adapter, accepter, pour mieux absorber l’expérience qui se présente – autant que possible. Mais la vie n’est pas facile pour tous. Alors comment faire pour évacuer cette peur et renforcer notre confiance ? Rome ne s’est pas faites en un jour et on ne va certainement pas changer notre nature du jour au lendemain mais petit à petit en commençant pas des challenges simples à mettre en place, on finit par instaurer plus de confiance en soi chaque jour. Souvent ces peurs s’installent en nous, à notre insu. D’ailleurs est-ce que ce sont vraiment nos peurs ? pas si sur ! Il suffit d’écouter pendant des années ces informations qui nous répètent en boucle que tout va mal, tout s’aggrave pour que finalement la peur s’installe. Ainsi, la peur cristallise, paralyse et il devient de plus en plus difficile d’inverser la tendance. La méditation, tellement à la mode en ce moment, mais qui existait bien avant que l’Éveillé n’en fasse la promotion sans le savoir est un bon moyen de lâcher prise, de prendre de la distance. Il ne s’agit pas de nier ce que le monde vit, ce que nous vivons. Il s’agit de voir cela avec recul. Les écoles sont nombreuses, les gourous encore plus. Simplement, asseyez-vous et écoutez. Écoutez votre silence intérieur. Reliez-vous à votre source. Pas de corps, pas de souffle, pas d’esprit, pas de volonté, juste votre silence et la profondeur de votre véritable nature…sans peurs .Là aussi le risque est grand de vouloir trop en faire. Quelques minutes suffisent pour se reconnecter, se ressourcer et progressivement faire émerger notre cœur. Dans la posture de l’Enfant qui vénère Bouddha ( et qui nourrit ses reins, Zhan Zhuang sur une jambe, l’autre posée au dessus du genou, les mains en prière), je vous souhaite de très joyeuses fêtes de fin d’année.

enfant prie

Sans attente, sans but…

ryokan
The rain has stopped, the clouds have drifted away, And the weather is clear again. If your heart is pure, then all things in your world are pure. Abandon this fleeting world, abandon yourself, Then the moon and flowers will guide you along the way. Détail by Gesso Yoshimoto, 19.c.

Lors de la première semaine de pratique de la saison, une personne vient à moi pour essayer un cours de Qi Gong et me demande ce que peut lui apporter cette gymnastique. La question bien que surprenante au premier abord n »est pas banale. Doit-elle pratiquer toutes les semaines, en faisant des efforts et quel est le prix à payer. Par exemple, me demande-t-elle, si j »ai un rhume, vais-je pouvoir l »endiguer par la pratique du Qi Gong et combien de séances de Qi Gong seront nécessaires ?

Je lui réponds que ça dépends ! Cela dépends de sa pratique, cela dépends d »elle, cela dépends du rhume et peut-être aussi cela dépends-t-il un peu de moi. Vais-je voir qu »elle est enrhumée, cerner la gravité de son rhume et proposer les exercices en relation avec celui-ci. Suis-je seulement là pour ça ? En fait, ça dépends. La personne fait la moue et est plus que dubitative face à ma réponse.

Je me souviens d »une personne venue me voir il y a 2 ans pour pratiquer une gymnastique douce recommandée par son médecin. Elle avait choisi d »essayer le Qi Gong. Elle avait mal au dos. Elle faisait constamment attention quant à sa façon de marcher, de se lever et même de dormir. Et arrive la fameuse question:  » Puis-je pratiquer le Qi Gong et améliorer l »état de mon dos ? »

Je lui réponds que depuis que je pratique, je n »ai jamais vu personne « régresser » mais….ça dépends. Telle fut ma réponse. Même réaction de moue dubitative…

Ce n »est pourtant pas les articles qui manquent dans la presse ou les reportages tv, qui relatent l »extraordinaire amélioration de la santé inhérente à la pratique du Qi Gong (abracadabra). Sans parler de nos amis qui vantent sans conteste cette discipline.

Face à ces réponses, elles ont décidé de tenter l »aventure. D »abord pour un trimestre, puis 2 et finalement l »année entière. A l »issue de la saison, une à décidé de se réinscrire pour une année supplémentaire, je n »ai pas revu l »autre.

Pourquoi n »est-elle pas restée ? La salle trop petite ? Non ce n’était pas un problème de salle. L »enseignant ? Après tout, on peut ne pas aimer tout le monde ! non plus. Elle avait réussi à relaxer (dixit la personne) son mental pendant la durée de pratique mais ce sentiment ne s »était pas installé progressivement, de plus en plus, dans le mouvement de sa vie. Le stress, l »anxiété, la nervosité avaient continué d’être son lot quotidien.

Quand 4 années auparavant je vois Sophie arriver alors je sais qu »elle pratique déjà. Cela se voit dans ses yeux, sur son visage, son attitude. Sophie n »a pas de problèmes de santé, elle est bien dans sa peau. Mes bla-bla sur les « chinoiseries » et autres considérations taoïstes, bouddhistes ne l »intéressent pas. Elle vient juste pour pratiquer, s »exercer. Et pour Sophie c »est incroyable car son Qi Gong, elle l »emmène dans sa vie….et sa vie à changé ! c »est ce qu »elle dit. Elle ne sait pas comment mais depuis qu »elle pratique, ce n »est plus pareil.

On évoque souvent la notion d »attention, d »intention. Peut-être convient-il de commencer par ne rien faire, ne rien vouloir. Peut-être…

Discours sur la vertu